Vous pensez tout savoir sur vos compétences ? Détrompez-vous. Au fil de vos expériences professionnelles, si certaines vous ont fait grandir, d'autres vous ont confronté à l'incompétence des autres. Jean-Marie Breillot, consultant et fondateur du cabinet Compétences en Plus, nous plonge au cœur de ce qui fait réellement la valeur d'un professionnel : comment naissent, évoluent et se transforment les compétences… et comment elles peuvent faire toute la différence dans votre épanouissement au travail.
L'envie de bien faire, le moteur de la compétence
Quand j'ai commencé à travailler, j'avais l'impression de ne pas y arriver, mes dossiers prenaient du retard, je manquais de méthode. Avec le temps, j'ai appris à demander ce qu'on attendait précisément de moi. Ma plus grande compétence, c'est de vouloir bien faire. Les pires incompétents ? Ce sont les chefs qui confondent autorité et autoritarisme.
Mylène est en début de carrière, elle a dû commencer par développer des compétences de base, à dominante technique pour maîtriser son poste. Ensuite, elle s'est approprié l'idée que la compétence est aussi un engagement de sa part.
La compétence s'exerce en situation, elle dépend autant de Mylène, de sa manière de travailler, que de l'organisation qui l'emploie. Là où le travail impose ses contraintes, la compétence ouvre des opportunités pour le salarié « acteur ». Si en début de parcours on suit souvent un itinéraire « tracé », plus on avance, plus on veut tracer son propre chemin.
Quand trop de confiance rime avec incompétence
En 20 ans de carrière, j'ai connu plusieurs réorganisations et changements de direction. J'ai vu des gens se faire licencier et d'autres promus, souvent pour de mauvaises raisons. Ça m'a appris la patience et la diplomatie. Le plus incompétent que j'ai rencontré faisait moins que les autres mais avait l'impression d'être un super élément qui méritait d'avoir un meilleur poste, un comble…
Une des compétences d'expérience lorsque vous atteignez la maturité professionnelle est « la conscience de soi » — de ses possibilités d'action par rapport aux autres. La compétence est un jeu d'acteur ; en général, vous disposez d'une marge de manœuvre que vous pouvez exploiter.
Malheureusement, une première réussite peut étourdir certains esprits faibles et la compétence acquise se transforme rapidement en suffisance. Les individus compétents sont humbles car ils ont compris que la compétence est « relative », qu'elle est régulièrement remise en question par les transformations de l'environnement. Comme l'illustre la réponse de Louis Jouvet à une apprentie comédienne qui affirmait ne pas avoir le trac : « Vous verrez, le trac viendra avec le talent. »
L'empathie, la compétence qui fait la différence
Je travaille à l'hôpital, ça développe la réactivité, on apprend à anticiper les besoins des médecins, des patients. Ce que j'ai le plus de mal à tolérer c'est le manque d'empathie de certains collègues, pour moi c'est une forme d'incompétence — on fait un métier humain.
L'empathie est une compétence clé dans les fonctions de service ; attachée à des dimensions personnelles, elle ne se mesure pas en temps de travail, mais c'est une compétence importante qui n'est pas toujours présente et valorisée dans l'hôpital. Il y a des soignants qui ont un mot, un sourire, une phrase, un regard, un geste… qui changent notre humeur, qui nous font exister davantage.
Comment valoriser cette compétence personnelle ? Celles et ceux qui la possèdent n'ont pas toujours conscience de leur valeur ajoutée et la banalisent ; ils nous précisent fréquemment : « Je ne fais que mon travail. »
Naissance et développement d'une compétence
Pour Jean-Marie Breillot, la compétence commence par l'envie. Comme le disait Jacques Brel, « le talent, c'est l'envie ». Ce désir est le moteur qui transforme un simple potentiel en véritable savoir-faire. Même sans talent de base apparent, l'apprentissage et la pratique portés par des aspirations permettent de devenir un bon professionnel.
Au-delà des ressources mobilisées — les traditionnels savoirs, savoir-faire, savoir-être — la compétence s'exprime comme une dynamique de développement que chacun de nous pilote en fonction des buts qu'il poursuit.
- Le cœur, ou les premiers pas : Lorsque l'on entre dans la vie professionnelle, les premiers pas sont marquants. On découvre que chaque métier a son langage, ses outils, ses procédures, sa technique… et surtout un cadre.
- Le corps, ou l'adaptation à l'environnement : On se confronte à la réalité du terrain, on doit ajuster ses pratiques en fonction de réalités mouvantes. Notre compétence se façonne dans l'action, les situations réelles de travail, les échéances, les tensions…
- L'esprit, ou la quête de sens : Certains transcendent leur travail en lui attribuant une dimension identitaire et existentielle ; lorsque l'activité cesse d'être une simple exécution et devient une vocation ou une mission de vie.
Jean-Marie Breillot compare la compétence à un feu de cheminée : développer ses compétences ce n'est pas amasser un stock de ressources mais allumer un feu en soi. « Les employeurs ne cherchent pas simplement des savoir-faire validés par des diplômes mais des personnes qui ont l'envie, qui s'impliquent et mettent de l'énergie dans leur travail. »
— Henri Laborit
L'obsolescence programmée de la technicité
Jean-Marie Breillot rappelle que si vos compétences techniques ont une obsolescence programmée, vos compétences transversales, elles, sont transférables et durables — elles restent intemporelles. « Les vrais professionnels les maîtrisent de manière inconsciente, assimilant certains savoir-faire au point qu'ils deviennent une seconde nature. »
Pour les personnes qui souhaitent changer de métier, il observe souvent un biais : « Elles croient ne rien savoir faire car elles ne considèrent que les compétences techniques et verticales, banalisant leurs compétences transversales — par exemple leur capacité à réseauter, interagir, influencer… celles qui font leur singularité, leur vraie valeur. »
Jean-Marie Breillot et les chemins de la compétence
Gamin, participant aux travaux de la ferme familiale, il s'ennuyait souvent jusqu'au moment où des intervenants extérieurs arrivaient : entrepreneurs, marchands, voisins paysans… Ces visiteurs lui apportaient une ouverture sur le monde, un souffle dans une routine monotone. Fasciné, il se projetait dans leurs actions, admiratif de leurs talents et de leur capacité à enrichir l'ordinaire.
Cette projection a façonné sa vocation : travailler en mouvement, être consultant, rendre un service tout en « réenchantant la vie ordinaire », créer des déclics chez les autres… Pour lui, la compétence naît dans la capacité à se projeter, à se raconter des histoires à travers le geste et la fiction. Il aime la formule de Benito Perez : « L'homme partout où il va, porte avec lui son roman. »
Lors de sa première formation de formateur, il est mis au pied du mur par sa formatrice qui le laisse seul face aux participants. C'est ce qu'il appelle la compétence expérientielle : « Il n'y a pas de compétence sans preuves ; il faut se mettre en situation. »
À travers ateliers, coaching individuel et formation, il guide ses clients dans la création de métaphores personnelles. Une participante se représente comme « un orage » parce qu'elle fonctionne dans la provocation ; une autre se voit en « sac à dos » avec pour moteurs le développement personnel et la sécurité. Ces images mentales constituent un fil conducteur qui révèle qui vous êtes quand vous êtes « à votre place ».
L'archipel des compétences
Pour beaucoup, le travail reste une contrainte, il peut pourtant devenir un vecteur de développement personnel. Le consultant utilise l'image de l'archipel :
Mettre « un supplément d'âme » dans son travail devient alors un signe de maturité et d'épanouissement. Pour le consultant, trouver du sens au travail passe par une meilleure « conscience de soi » — de votre profil, de vos talents, et particulièrement de vos désirs et de vos valeurs.
En cultivant vos compétences, techniques comme transversales, vous pouvez non seulement exceller dans votre métier, mais aussi donner un sens et une énergie nouvelle à votre quotidien professionnel : accomplir son travail et s'accomplir au travail.